Ivy Pack

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Être ou ne pas être humain, être ou ne pas être soi

Qu'est-ce qui fait qu'on ne se sent pas humain ?

Je me posais la question pas plus tard que cette après-midi, en lisant un post un peu maladroit sur les Otherkins.

 

Je sais que je suis humaine. Je l'accepte, j'accepte totalement mon corps tel qu'il est. J'ai mis quelques années à réussir à ne plus rejeter mon physique, mais il n'est désormais plus source de souffrance.

J'accepte le fait d'être humaine aussi culturellement et socialement parlant. Je me plie aux codes de la société, de notre société, et ce avec beaucoup moins de problème qu'avant. La seule chose qui arrive encore à me hérisser le poil, c'est l'hypocrisie de la majorité des gens.

 

Si je me sens peu humaine, c'est dans mon fonctionnement, ma façon de réagir. Pourtant, j'ai assez parcouru des articles de psychologies pour savoir que mon fonctionnement est parfaitement humain, et dans un sens, normal.

Alors pourquoi ce ressentis ?

Pourquoi s'identifier à une espèce qui n'est pas la mienne ?

 

Par dégoût de l'être humain ? Peut-être au début, plus maintenant. L'être humain est complexe, étonnant, fascinant. J'éprouve une grande indulgence pour l'espèce humaine, une envie d'aider et de participer à son avancement plutôt que du dégoût ou de la colère.

 

L'envie d'attirer l'attention ? Si je ne suis pas la personne la plus discrète du monde, seul une poignée de personnes est au courant de ma thérianthropie, et à part ma mère, ils sont tous thérians ou otherkins aussi. Donc attirer l'attention... pas vraiment.

 

L'envie d'être différente alors ? On ne choisit pas d'être différent. On l'est tous, à plus ou moins grande échelle. Si tout le monde se ressemblait, on serait dans la mouise...

Donc envie d'être encore plus différente ? Mais ce n'est pas quelque chose qui se contrôle. Je n'ai aucun moyen d'agir autrement, et ce n'est pas faute d'avoir essayé. J'ai tenté de m'intégrer, de plier aux conventions sociale autant que possible, de ressembler aux autres... j'ai échoué. Tout ce qu'il en est ressorti, c'est de la souffrance. Et avec la souffrance, une incapacité à continuer à m'intégrer et à me faire accepter.

Je n'ai pu m'intégrer dans un groupe qu'une fois accepter le fait d'être plus différente, une fois en paix avec moi-même, une fois que j'ai osé être moi-même dans la mesure de l'acceptable.

 

Alors au final, pourquoi je ne me sens pas entièrement humaine ?

Je ne parle pas du pourquoi dans le sens « symptomatique » du terme, avec la liste de mes différents ressentis, mais bien de la raison profonde qui fait que je ne me sens pas totalement humaine.

Je n'en ai aucune fichue idée. Je suis humaine, je ne me sens pas totalement humaine.

 

Maintenant, que dire de ceux qui, en plus de ne pas se sentir humain, renie leur humanité ?

J'ai pu voir un nombre impressionnant de jeunes (et de moins jeunes) qui voulaient atteindre le summum de la bestialité. Paradoxe amusant, ce sont les plus actifs sur internet, invention purement humaine. Bref, on ne va pas les assommer avec ce genre d'arguments, c'est trop facile.

Ils souhaitent la possibilité de libérer leurs instincts, leurs pulsion violentes, régner par la force et s'imposer à l'homme comme étant d'une espèce dominante par rapport à lui. On est donc dans une vision clairement spéciste. Mais le spécisme n'est-il pas le propre de l'homme ? Catégoriser les espèces selon les plus « évoluées », les plus « intelligentes », les plus « fortes », dénigrer celles perçues comme « faibles », n'est-ce pas un comportement typiquement humain ?

On est donc dans une volonté de bestialité telle qu'elle est considérée par l'homme et notre société, mais en aucun cas dans une volonté de bestialité réellement animale.

De plus, les animaux sont majoritairement non-violent entre membres du même groupe social, or la plupart des pro-bestiaux vantent un fonctionnement en « meute » soumit à une hiérarchie hyper-stricte, prenant comme exemple les loups, ne sachant à peine en quoi consiste le fonctionnement en meute des loups.

Les animaux peuvent être violents, sadiques, immoraux. Mais la différence, c'est qu'ils n'ont, de base, pas de moral. Ce qui prime, c'est leur survie. L'homme a depuis longtemps cessé d'avoir sa survie comme seule préoccupation.

A mon sens, vouloir céder à ses « instincts » et ses pulsions, ce n'est pas retourner à l'état « sauvage », c'est libérer la part la plus noire de l'humanité. Ceux qui décrivent des fonctionnements hiérarchique carrément tyrannique et qui disent s'inspirer du loup tiennent beaucoup plus de l'être humain qu'ils ne le croient...

 

C'est un paradoxe que j'ai souvent observé : ceux qui cherchent à être le plus animal possible deviennent au final les plus humains, dans le mauvais sens du terme ; ceux qui cherchent à renier leurs ressentis non-humain deviennent les plus animaux dans leurs réactions.

Pourquoi ?

Parce que dans chacun des cas, la personne cherche à nier une part d'elle-même, et comme toujours quand on essaie de réprimer une part de soi, il arrive un moment où elle nous tombe sur le coin de la truffe avec la subtilité d'une tonne de brique. Et plus on est dans le déni, plus ça devient flagrant, et plus on refuse de le voir jusqu'au jour où on a tout simplement plus le choix.

Reconnaître et accepter ce que l'on est, que ce soit biologiquement ou mentalement, permet de trouver une forme d'équilibre. Je parle bien sûr dans le cas de l'identité non-humaine.

Le problème majoritaire dans notre culture, c'est le fait qu'on considère que la réalité mentale doit être le reflet de la réalité physique. Mais l'homme est un être complexe, un caméléon qui possède une grande plasticité cérébrale et des capacités d'adaptations assez impressionnantes comparé à d'autres animaux. Ce sont ses seuls atouts, et il sait en profiter, même si il n'en a pas conscience. Attendre que la réalité mentale reflète la réalité physique, c'est gâcher une partie de ces capacités, les limiter et les encadrer.

 

Il suffit de voir le discours de beaucoup de jeunes qui ont entre douze et dix-huit ans : ils ont l'impression de porter un masque, ils ne se reconnaissent pas quand ils évoluent en société, et ça leur pèse. Parce que leur réalité mentale est différente de leur réalité physique, mais aussi de leur réalité sociale, ce fameux masque, ce qui est normal si on veut pouvoir s'intégrer, mais qui est vécue comme inacceptable car on nous martèle que l'on est une seule et unique chose : un corps, un esprit, un être humain, une personnalité. Dès qu'on passe à deux, ou que l'on ajouter un « et », ça devient signe de trouble, de problèmes, d'anormalité.

Alors ils ne comprennent pas, n'acceptent pas le fait que l'on peut porter un masque tout en étant soi-même, ils le rejettent et en souffre. Parce que ce masque social, il fait partit de nous, on peut difficilement l'enlever.

Alors que si notre éducation avait été autre, si dès le départ on pouvait accepté le fait qu'une personnalité à plusieurs aspect et n'est pas unique, uniforme, linéaire, tout se déroulerait, selon moi, un peu mieux.

Avoir plusieurs aspects de sa personnalité, avoir des personnalités multiples, avoir une identité non-humaine en plus du fait d'être humain, d'avoir une personnalité à soi, d'avoir une réalité intérieure, tout ça est normal. C'est le fruit de la capacité d'adaptation de l'être humain.

Ce qui est anormale, c'est la façon dont s'est vécus. Vous me direz, il y a de gros inconvénients à être plusieurs dans sa tête, ou à avoir une identité non-humaine. Mais si on y réfléchit bien, est-ce que ces inconvénients ne découlent pas justement de la façon dont la situation est vécue ?

Alors certes, il y a des exceptions. On ne peut pas tout généraliser et il y a des cas qui ne peuvent tout simplement pas être bien vécus. Mais il y a aussi beaucoup de cas où cette constatation s'applique.

 

J'ai évolué dans un milieu certes, pas très favorable, mais on ne m'a jamais dis « tu ne peux pas être ça parce que tu es ça. ». Je me vivais comme je le voulais, tant que c'était dans la limite du socialement acceptable (par moment vraiment à la limite), et que ça restait moralement acceptable.

Si j'ai été bridée de façon détournée sur certaines choses, pour ce qui est d'être moi-même, ça a été moins le cas, et quand ça l'était, je trouvais des moyens détournés pour m'exprimer.

Je n'ai donc jamais été en conflit avec moi-même avant d'être confronté au regard de la société extérieur à ma famille, quand je suis arrivée au collège. Là, ma réalité mentale et ma réalité physique, qui s'étaient toujours bien entendues, se sont retrouvées opposées dans le regard des autres. On me demandait d'être uniquement ma réalité physique, et je ne pouvais tout bonnement pas. Apprendre que le masque social que je détestais n'était qu'un aspect de ma personnalité a aussi pris du temps.

Mais une fois que j'ai compris comment réunir les trois, comment les trois s'articulaient et s'emboîtaient, tout est devenu beaucoup plus paisible. C'est un livre qui m'a ouvert les yeux là-dessus : Le Loup des Steppes, de Hermann Hesse. Le lire m'a remis les idées en place, et accepter le fait que ma personnalité n'était pas quelque chose de lisse et unique mais au contraire une forme à facette qui s'adapte m'a apaisée, et a préparé le terrain pour la découverte de mon système.

 

Alors acceptez-vous comme vous êtes, que ce soit dans votre tête, dans votre corps ou face aux autres. Acceptez le fait d'être une boule à facettes. Ca simplifie la vie.



28/10/2016
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